« Ceux qui sont exclus vivent le plus souvent selon des valeurs que nous avons tous besoin de découvrir et de faire nôtres si nous voulons devenir véritablement humains. »

Passionné d’humanité

Jean Vanier

Accueillir notre humanité, Presses de la renaissance, 2010

Tant que nous n’avons pas découvert notre appartenance à une humanité commune, notre dépendance mutuelle et la nécessité de nous entraider, nous continuons à nous cacher derrière nos sentiments de supériorité, d’élitisme et leurs conséquences : les murs de préjugés, de jugement et de mépris.

Chaque être humain, aussi petit et fragile soit-il, a quelque chose d’unique à apporter à l’humanité

Nous commençons à changer lorsque nous prenons le temps de nous connaître les uns les autres, d’écouter l’histoire de chacun. Alors, nous ne jugeons plus l’autre selon des concepts de pouvoir et de savoir, ou suivant le groupe auquel il appartient, mais d’après ces rencontres personnelles, cœur à cœur. Peu à peu nous passons de l’exclusion à l’inclusion, de la peur à la confiance, de la fermeture à l’ouverture, des préjugés et des jugements à la compréhension et au pardon. C’est un mouvement du cœur. Nous nous découvrons frères et sœurs en humanité. Nous sommes gouvernés non plus par la peur, mais par la reconnaissance de l’importance et de la valeur de l’autre, quel qu’il soit.

Comment passer de l’exclusion à l’inclusion ?

Ceux qui sont exclus vivent le plus souvent selon des valeurs que nous avons tous besoin de découvrir et de faire nôtres si nous voulons devenir véritablement humains. Il s’agit non pas de faire de bonnes actions en faveur des exclus, mais de libérer la vie en eux et de demeurer ouverts et vulnérables pour recevoir la vie qu’ils ont à nous offrir, et devenir leurs amis. Si, peu à peu, nous accueillons dans nos vies ceux qui ont été exclus à cause de leur faiblesse et si nous entrons dans une relation d’amitié avec eux, nous en serons transformés. Ils nous appellent à prendre le temps de les écouter et d’être simplement avec eux, dans une confiance mutuelle, au lieu de nous jeter constamment dans une activité effrénée. Nous serons alors libérés de notre individualisme et de notre besoin de pouvoir. Nos préjugés et les murs de protection qui ont engendré le besoin d’exclure seront peu à peu balayés. Nous découvrirons ensemble de nouvelles façons d’être et de marcher ensemble, et nos sociétés humaines en seront changées.

Ainsi, ce courant à sens unique, où ceux qui sont en haut de l’échelle disent à ceux qui sont en bas ce qu’il faut faire et penser, comment ils doivent vivre, deviendra un courant à double sens, où nous écouterons ce qu’ont à dire les marginaux, les étrangers. Nous recevrons ce qu’ils apportent : une compréhension plus simple et plus profonde de ce que signifie être humain. Si nous considérons les gens au bas de l’échelle comme des amis, comme des personnes ayant des dons à offrir, la pyramide sociale, au haut de laquelle se tiennent les puissants, les savants et les riches, deviendra un lieu d’appartenance où chaque personne trouvera sa place et où nous vivrons tous dans une confiance mutuelle.

Est-ce une vision utopique ? Si nous la vivons à la base, dans nos familles, nos villages, nos quartiers et nos autres lieux d’appartenance, cette vision pénétrera nos sociétés pour les rendre plus humaines.