Naître et renaître chaque jour



Jean Vanier nous invite à naître et renaître chaque jour, malgré les difficultés et les insécurités de notre monde blessé, en s'engageant sur un chemin de paix.

Dès les débuts de l’Arche (août 1964), Jean Vanier a voulu communiquer ce qu’il vivait dans un souci d’unité avec le désir de créer un réseau d’amitié et de fraternité entièrement orienté vers les plus exclus de notre société : les personnes avec un handicap mental. Par ces lettres circulaires, il tenait aussi à remercier tous ceux qui le soutenaient généreusement dans l’aventure de l’Arche.
A l’occasion de sa nouvelle lettre aux amis, en ce mois de décembre 2012 donc 48 ans après la fondation de l’Arche, nous retrouvons chez lui le même désir d’unité avec une gratitude sans cesse renouvelée et un réseau d’amis devenu considérable. Jean Vanier avec son expérience de vie auprès des plus démunis nous inspire un sens extraordinaire de la grande famille humaine.

Voici quelques extraits de cette lettre que vous pouvez lire dans sa version intégrale ici.

Noël: espérance de paix

Cette espérance de paix est dans le cœur de tous les hommes et femmes de la terre. La Paix, la Paix, la Paix ! La paix du cœur, la paix dans les familles, la paix dans chaque nation, la paix entre les nations. Cette paix viendra quand nous tous nous verrons dans l’autre et surtout dans ceux qui sont différents, ce qui est beau, bon et vrai, tout ce qui est de Dieu. Est-ce que mon regard de bonté, sans jugement peut transformer l’ennemi en ami?

Pour cela, mon cœur de pierre doit être changé en un cœur de chair. Le cœur de pierre se fonde sur la peur. N’est-ce pas la peur qui est le grand ennemi de la paix?

L’Arche et Foi et Lumière désirent être parmi ces lieux où les cœurs de pierre fondés sur la peur sont changés en cœur de chair. Nos communautés sont de véritables écoles où on apprend à aimer et à vivre la tendresse. Certes, les personnes en situation de handicap visible sont transformées par cette vie communautaire et aussi les assistants, les amis et les voisins qui ont des handicaps moins visibles. Le regard de tendresse de Marie-Jo avec ses grands yeux et ses grandes difficultés pour vivre, transforme ceux et celles qui s’approchent d’elle et acceptent de la rencontrer. (...)

Ecouter les semeurs de paix

Regardons non pas les titres des journaux qui annoncent si souvent des catastrophes mais écoutons ces hommes et ces femmes qui, à travers de petites choses, les petits pardons de chaque jour, sèment la paix. Comme ces hutus qui au moment du génocide au Rwanda ont caché, au risque de leur vie, des tutsies. Etty Hillesum disait, peu de temps avant sa mort, «on voudrait être un baume sur tant de plaies». Il y a des Israéliens qui prennent contact avec des Palestiniens et cherchent avec eux des voies de dialogue et d’entente. Izzeldin Abuelaish, après que ses enfants à Gaza ont été tués, a dit : «Je ne haïrai pas!»

Il y a aussi des jeunes qui se forment pour être des artisans de paix devant les violences dans les écoles. Il y a de plus en plus d’hommes et de femmes qui prennent le chemin de la non-violence en cherchant à résoudre des conflits, en s’opposant à la violence par la tendresse. (...)

Les personnes rejetées par nos sociétés sont source de paix

Dans ces jours de Noël, j’aime relire la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres. N’est-ce pas en mettant nos énergies à vivre une relation avec les personnes marginales, écartées de la société, enfermées dans des lieux de tristesse, que la paix viendra, au lieu de se battre pour gagner et obtenir plus ? Nos sociétés riches incitent à la dépense, aux cadeaux et à la nourriture de luxe. C’est bon de célébrer des fêtes ! Se réjouir ensemble en ayant des désirs d’unité. Noël, c’est célébrer une espérance. Cela implique la rencontre avec ceux qui ne fêtent pas.

J’aime relire le vieux poète Tagore, homme de paix et chercheur de Dieu : « L’orgueil ne permet jamais de s’approcher de toi qui marches dans les vêtements des humbles parmi les pauvres, les plus misérables et les rejetés. Mon cœur ne peut alors trouver le chemin qui mène à toi qui demeures en compagnie de ceux qui sont seuls parmi les pauvres, les plus misérables et les rejetés. »(...)