Lettre aux amis



Jean Vanier nous partage sa joie de vivre avec les plus faibles et la sortie de son nouveau livre début octobre.

Dès les débuts de l’Arche (août 1964), Jean Vanier a voulu communiquer ce qu’il vivait dans un souci d’unité avec le désir de créer un réseau d’amitié et de fraternité entièrement orienté vers les plus exclus de notre société : les personnes avec un handicap mental. Par ces lettres circulaires, il tenait aussi à remercier tous ceux qui le soutenaient généreusement dans l’aventure de l’Arche.
A l’occasion de sa nouvelle lettre aux amis, en ce mois d’août 2012 donc 48 ans après la fondation de l’Arche, nous retrouvons chez lui le même désir d’unité avec une gratitude sans cesse renouvelée et un réseau d’amis devenu considérable. Jean Vanier avec son expérience de vie auprès des plus démunis nous inspire un sens extraordinaire de la grande famille humaine.

Voici quelques extraits de cette lettre que vous pouvez lire dans sa version intégrale ici.

La vie partagée avec les plus faibles

«Les personnes plus faibles et plus vulnérables que nous accueillons à L’Arche et à Foi et Lumière sont des maîtres extraordinaires. Vivre avec elles est une grâce. Et leur pauvreté parfois si radicale m’a fait découvrir ma propre pauvreté si radicale : mes peurs, mes difficultés d’aimer avec tendresse. Pourtant ces liens qui m’unissent à chaque personne ont ouvert mon cœur, me donnent une force d’amour qui rend la patience et les autres exigences («supporter» tout etc.) plus faciles et plus douces. Tout devient possible grâce aux liens affectifs entre nous, au soutien de la communauté et des professionnels et, avant tout, grâce à l’Esprit Saint. Cela n’empêche pas qu’il y ait parfois des luttes, des fatigues plus au moins supportables et des moments de découragement. Comme dans toute vie. Pour moi, la vie avec celles et ceux qui sont souvent considérés comme les plus bas m’amène à trouver une joie qui vient de Dieu.»

Le décès de Nathalie

«C’est en écrivant cette lettre que j’apprends que Nathalie vient de s’endormir dans les bras de Dieu à l’hôpital. Elle avait 59 ans. Sa mort me touche profondément. Je l’aimais. Il y avait comme un lien de tendresse entre nous. Elle était fragile intellectuellement, aveugle et elle était dans un de nos foyers depuis 38 ans. Elle était une lumière de tendresse et de douceur. Etant aveugle, elle avait appris à se laisser guider, mais elle m’a aussi guidé et aidé. Ce départ, certes attendu car elle s’affaiblissait visiblement de jour en jour, cependant est une grâce pour toute la communauté. Quel cadeau d’avoir cheminé avec elle depuis si longtemps. Elle était si pure, si limpide, si transparente. Elle faisait partie de ces petits devant qui Jésus a tressailli de joie en s’écriant, ‘Béni sois tu Père, maître du ciel et de la terre d’avoir caché ces choses aux intellectuels et aux puissants et les avoir révélées aux tout-petits.’»

Un nouveau livre

« Au mois d’octobre paraîtra un nouveau livre que j’ai écrit, un livre un peu nouveau: Les signes des temps à la lumière de Vatican II. Ce livre est rédigé à partir de quelques entrevues que j’ai faites. Il est déjà sorti en Italie. L’éditeur Albin Michel à Paris l’a découvert et a voulu qu’il sorte en France moyennant quelques modifications et corrections. Voici quelques têtes de chapitres qui donnent un peu le contenu: «De l’humiliation à l’humilité, de la normalisation à la transformation, de l’exclusion à la rencontre, du pouvoir à l’autorité, de l’isolement à la communauté, du secret au mystère.» Ce sont quelques réflexions à partir d’événements que j’ai vécus et que je vis dans notre société où on risque de perdre le sens de l’humain, et où les faibles sont méprisés. En refusant notre propre faiblesse et notre petitesse on se rejette soi-même. Nous risquons de vivre selon un faux moi: un désir d’être le meilleur, d’être applaudi, à monter plus haut en grade et en puissance et en biens. Foi et Lumière et L’Arche nous amènent à découvrir que c’est en descendant plus bas en nous-mêmes, dans le cœur de notre cœur et dans la société et notre Eglise que nous trouvons la vie et la lumière.
L’Evangile n’est-il pas une bonne nouvelle? »