Jocelyn Girard
Saguenay, Québec, Canada

Pour moi qui est de petite taille, Jean Vanier a toujours été littéralement et au sens figuré un bon géant. Je l'ai rencontré pour la première fois en 1989 lors d'une retraite diocésaine. J'avais déjà lu son livre sur la communauté et ce qu'il en disait m'inspirait au plus haut point. Par d'heureuses circonstances, je me suis retrouvé, avec mon épouse et mes enfants, à prendre la responsabilité d'une communauté de L'Arche en France, en janvier 1999. J'avais l'impression d'arriver chez moi. Jean Vanier est d'abord l'homme bon par excellence. Je suis impressionné par sa mémoire des personnes et de ce qu'ils vivent. Même en le rencontrant de manière épisodique, on a l'impression qu'il se souvient de notre dernière conversation. Il prend le temps de s'intéresser à nos proches, à ce qu'ils deviennent. Ça nous rend important à nos propres yeux. Comme il a pris l'habitude de toujours se pencher pour se mettre à la hauteur des gens qu'il rencontre, et surtout les personnes avec un handicap, c'est naturellement que ce mouvement devient un geste de rapprochement, presque d'intimité. Je suis touché par le Jean qui vieillit. S'il a toujours été sage dans l'action, il le devient peu à peu dans la vérité de son âge, dans l'acceptation sereine de sa condition. Il montre que le chemin de la petitesse est un chemin de croissance, car se mettre à nu, se rendre vulnérable est une voie d'authenticité pour soi-même. Pour moi qui ai toujours lutté pour me faire grand autrement que par mon physique, son inspiration est troublante. Il m'apprend à devenir ce que je suis, à ne pas chercher à être autre. Comme pour les personnes avec un handicap qu'il a côtoyées toute sa vie et qui sont souvent des maîtres en humanité, l'entrée dans le mystère de sa propre personne est le chemin qui mène à l'autre, à l'universel et à Dieu. Merci Jean !