Aux antipodes
En suivant Jean à travers son histoire, on aura pu remarquer qu’il a souvent été à contre-courant de ce qui aurait pu paraître aller de soi. A contre-courant de la sécurité familiale au Canada pour s’engager dans la marine britannique. A contre-courant d’une carrière militaire, pour entreprendre une recherche spirituelle. A contre-courant d’une voie ecclésiastique pour vivre auprès du Père Thomas.
Ses choix, en tant que fondateur et leader de L’Arche sont à l’image de ses choix personnels. A contre-courant d’une sécurité financière, pour vivre simplement et confiant en la providence. A contre-courant d’une vie communautaire étroitement catholique, pour s’ouvrir à l’œcuménisme et aux horizons inter-religieux.
Vis-à-vis de la société, Jean défend une vision et une action qu’il décrit volontiers comme contre-culturelles. Il écrit ceci: «peu de temps après les débuts de L’Arche, j’ai découvert un passage de l’évangile de Luc où Jésus dit, ‘Lorsque tu donnes un déjeuner, un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères (…). Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés (…), heureux seras-tu alors.’ (Luc 14, 12-14) J’avais entendu ce passage maintes fois, mais il ne m’avait jamais touché. Soudainement, je réalisai qu’il décrivait L’Arche : manger à la même table que Raphaël et Philippe et bien d’autres. (…) C’était aux antipodes d’une société de compétition, d’une société hiérarchisée qui rejette les faibles.»*
*Jean VANIER, La spiritualité de L’Arche: une présence révélée au quotidien, Novalis, Bayard Éditions / Centurion, 1995, p. 27